Rolf Rudin
*1961
Orchestre : 1 piccolos, 2 flûtes (la deuxième pouvant jouer le cor en la), 2 clarinettes (la deuxième pouvant jouer le basson), 4 clarinettes, 2 clarinettes, 3 clarinettes, 0 clarinettes, timbales, percussions, harpe, cordes
Création : 24 octobre 1990, Bad Reichenhall
Orchestre philharmonique | Christian Simonis
Durée : 12 minutes
Éditeur : Bote & Bock (Boosey & Hawkes)
Rolf Rudin
La chance d’avoir trouvé un bon mentor en composition à une étape importante de mon développement
(publié dans CLARINO – Revue internationale de musique pour instruments à vent – 12/1995)
Avec le recul, notre première rencontre me semble être un heureux hasard. Car à l'époque – en décembre 1985 – j'avais « séché » une répétition importante de la chorale pour assister à un « portrait du compositeur Bertold Hummel » au Conservatoire de Francfort. À cette période de ma vie, je voulais quitter Francfort et je cherchais un lieu d’études où je pourrais trouver, outre un bon professeur de composition, un enseignant pour ma deuxième matière, la direction d’orchestre. Après avoir écouté l’œuvre orchestrale de Bertold Hummel « Visionen » et constaté l’aura positive et mûre de sa personne, ma décision de partir pour Würzburg n’était plus qu’une question d’organisation. J’ai pu convenir d’un rendez-vous avec lui afin qu’il examine mes partitions. Et après les rituels d’admission habituels l’été suivant, je suis devenu élève de sa grande classe de composition à Würzburg.
Celle-ci se distinguait avant tout par le fait qu’elle regroupait des compositeurs aux profils les plus divers. La fourchette d’âges était également très large, de sorte que le « tout jeune talent » côtoyait le « candidat mûr à la classe de maître », car Hummel saisissait les occasions les plus diverses pour mettre en contact ces personnalités plus ou moins individualistes. Il organisait ainsi presque régulièrement des réunions en cercle privé. J’ai d’ailleurs pu me joindre à l’une de ces agréables réunions estivales – avec bien sûr un barbecue et tout ce qui va avec – dès mon examen d’admission ; chez Hummel, cela pouvait aller aussi vite.
Dans le travail proprement dit, il n’y avait pas non plus de longues tergiversations : il fallait travailler de manière concentrée et rapide pour répondre à ses attentes. Cela ne concernait toutefois pas seulement l’aspect compositionnel, mais s’étendait également au domaine de la mise en œuvre pratique après l’achèvement d’une œuvre. Chaque semestre, des concerts étaient organisés à Würzburg, où notre classe pouvait présenter nos travaux à un public assez large, et pas seulement au sein de l’université. Hummel n’intervenait toutefois concrètement dans l’organisation de ces événements qu’en cas d’urgence. Ainsi, sa « main protectrice » était en réalité davantage un filet de sécurité en arrière-plan qui nous permettait de faire beaucoup de choses par nous-mêmes : avec toute la liberté nécessaire, mais aussi avec tout le travail organisationnel, souvent fastidieux. Il nous faisait comprendre que cela faisait partie intégrante du métier de compositeur et exigeait un engagement en conséquence.
Les soirées de composition – pour autant que je les aie vécues pendant mes études – reflétaient toujours le pluralisme tolérant du professeur de composition Bertold Hummel. Il s’efforçait toujours de deviner la voie de chaque élève et de lui offrir ensuite son aide sur cette voie. On se heurtait sur de nombreux points, mais jamais dans le seul but de défendre des dogmes esthétiques. Son acceptation encourageante et stimulante était fréquente ; en revanche, il était difficile d’obtenir un éloge vraiment enthousiaste, ce qui le rendait d’autant plus attendu. Mais lorsqu’il venait enfin, il était prononcé en toute sincérité et par conviction.
Dès la première leçon, j’avais déjà deviné ce que Hummel cherchait à transmettre sur le plan technique et artisanal de la composition. Je lui avais apporté un trio avec piano en cours d’écriture, dont je devais également esquisser des extraits au piano après avoir lu la partition. Il s’intéressait à mon approche expressive personnelle de ma musique, notamment dans ma propre interprétation sonore. Après avoir longuement discuté de mon trio et de son achèvement prévu, il m’a rapidement noté quelques notes dans une structure d’intervalles précise sur un bout de papier à musique. Avec ce matériel limité, je devais ensuite écrire un solo pour cor anglais. Ce fut mon premier exercice de composition ciblé avec lui.
Cette brève description de ma première leçon montre à quel point il était important pour Hummel de transmettre le lien entre la rigueur compositionnelle – qui consiste à composer à partir d’un petit noyau – et l’expressivité recherchée, qui doit également toucher l’auditeur. Cela a marqué mon travail jusqu’à aujourd’hui et je lui en suis reconnaissant.
Pour conclure, je voudrais encore souligner un autre aspect caractéristique tant de son œuvre que de son enseignement : à savoir la question de savoir si l’on doit, peut ou a le droit d’écrire pour des amateurs. Pour Hummel, cette question ne posait pas de problème de principe. Pour lui, le compositeur – si j’ai bien compris – a, outre sa mission artistique incontestable, le devoir de refléter son époque d’une manière personnelle dans son œuvre. Il s’agit là aussi d’un engagement sociologique et pédagogique. Éveiller et développer cette obligation, ainsi que son accomplissement satisfaisant, chez ses élèves également, constituait une dimension non négligeable de la relation avec lui. Il est bien connu que cette attitude a également trouvé son expression compositionnelle dans l’œuvre de Hummel au sein du médium de l’orchestre à vent.
Bien entendu, le contact avec mon professeur ne s’est pas rompu après avoir quitté l’université, qui était devenue à bien des égards ma maison, et je trouve ainsi toujours en lui un interlocuteur critique et intéressé, ainsi qu’un lecteur de mes nouvelles compositions. À l’occasion de son 70e anniversaire cette année, ce fut pour moi un plaisir et un honneur de donner aux lecteurs intéressés un aperçu de ma « relation professeur-élève » avec Bertold Hummel.