Franz Hummel
1939-2022
Distribution : Elli Maldaque (soprano) - La voix d'Irène (mezzo-soprano) - Le mécanicien/le père (baryton) - Les Fischmaulmeier (basse) - L'amant inconnu (comédien ou ténor) - Le responsable (comédien)
Ensemble de solistes ou orchestre à cordes : 1er violon, 2e violon, alto, violoncelle, contrebasse, clavecin
Création : 20 novembre 1993, Klagenfurt
Durée de la représentation : environ 70 minutes
Éditeur : Accent Musikverlag, Ratisbonne
CD : Arte Nova 38023
À propos de l’opéra « Sur le beau Danube bleu »
Je sais que le titre de mon opéra « An der schönen blauen Donau » peut induire en erreur, mais l’amertume qui réside dans la distance par rapport au drame de la vie d’Elli Maldaque, enseignante à Ratisbonne, présente pour moi une proximité esthétique avec les Contes de la forêt viennoise d’Ödön von Horváth. La légèreté du titre s’accompagne ici d’une méchante ignorance des implications profondément tragiques du drame. C’est également Horváth qui a dédié à notre personnage principal, Elli, la pièce « La professeure de Ratisbonne », qu’il n’a toutefois pas pu achever.
L’histoire de l’enseignante Elli Maldaque a fait grand bruit en Allemagne dans les années 1930 et a une fois de plus discrédité tant la psychiatrie que l’État en tant qu’organe de surveillance. Ce qui lui est arrivé et qui a conduit à sa mort prématurée et inexplicable pourrait peut-être être reproduit un jour, sous une forme perfectionnée, par la « grande opération d’écoute ».
Les grandes lignes de l’intrigue sont vite racontées, mais elles ne constituent pas l’objet de mon intérêt pour ce sujet ; ce qui m’intéresse, ce sont les conditions dans lesquelles s’opère la destruction totale d’une personnalité exemplaire et idéaliste.
Elli Maldaque, enseignante appréciée et respectée de tous, qui a grandi dans un foyer menaçant et bigot à Ratisbonne au début des années 1920, fait la connaissance d’Irene Neubauer, une amie de l’écrivain français Henri Barbusse. Avec elle, une vision fait son apparition dans la Ratisbonne catholique, à laquelle adhéraient alors de nombreux grands esprits et idéalistes : le communisme. Elli se rend aux rassemblements, qui ont déjà trouvé une place bien établie sur la scène politique à Ratisbonne, et y joue du piano. Bien qu’elle ne rejoigne pas les communistes, elle ne peut échapper à la fascination exercée par ce mouvement qui lui semble profondément chrétien. Irène, et avec elle le communisme, incarnent un monde meilleur, où tous les êtres humains sont là les uns pour les autres, sur un pied d’égalité.
Elli se consacre désormais à l’enseignement avec encore plus de dévouement, mais la surveillance de l’État a déjà tissé ses toiles autour d’elle. Lorsqu’après plusieurs avertissements, elle ne renonce pas à ses sympathies et continue d’affirmer qu’elle n’a aucune intention non chrétienne, on la menace de la renvoyer de l’enseignement, ce contre quoi l’ensemble des parents proteste. C'est à ce moment-là que commence le tourbillon de la destruction de sa personnalité. Un jour, elle trouve son appartement fouillé, elle est menacée et harcelée, et les tactiques d'usure de l'appareil de surveillance, parfaitement rodé, qui oscille entre conseils apparemment bienveillants et menaces, font leur effet. Elli se montre de plus en plus sensible lorsque quelqu’un lui parle du problème. Il lui est de plus en plus difficile de distinguer ses amis de ses ennemis, et elle se replie de plus en plus sur elle-même. C'est ainsi que cette femme, certes effrayée mais par ailleurs en parfaite santé, est finalement internée, notamment à cause des manœuvres de délation de son propre père, comme aliénée à l'hôpital psychiatrique de Karthaus-Prüll près de Ratisbonne, où elle meurt peu après dans des circonstances inexpliquées.
Le livret d’Elisabeth Gutjahr ne décrit pas tant le cas concret et évite délibérément de faire des étapes connues de ce destin le fil conducteur principal de l’intrigue. Il met davantage en relief ce qu’Ödön von Horváth avait déjà laissé entrevoir pour la scène de théâtre et place au centre de l’action le monde tel qu’Elli le vit, en quelque sorte à travers un regard subjectif. Cela permet un langage lyrique dense et montre l’état d’Elli et ses changements insidieux, à la manière d’un syndrome de Wozzeck, de l’intérieur. La métaphorique tout à fait apolitique fait le reste pour sortir l’affaire du registre du reportage et lui redonner le caractère personnel qu’elle mérite.
La musique n’illustre pas l’action. Elle doit donner à la pièce l’étendue intérieure que l’espace extérieur lui refuse.
Franz Hummel
Franz Hummel est né en 1939 à Altmannstein. Il a étudié le piano à l’École supérieure de musique de Munich. Il a notamment été découvert et encouragé par Richard Strauss, Eugen Papst et Hans Knappertsbusch. Il s’est d’abord fait un nom en tant que virtuose du piano dans les salles de concert et grâce à plus de 60 enregistrements discographiques. Il a également interprété des concertos de Beethoven et de Rachmaninov avec des chefs d’orchestre de renom tels que Sir Georg Solti. À l'âge de 39 ans environ, il a décidé de mettre fin à sa carrière de concertiste pour se consacrer à la composition, qu'il aspirait à pratiquer depuis sa plus tendre enfance. Outre des œuvres symphoniques et de musique de chambre, son travail de composition se concentre sur le domaine de l'opéra (König Übü, Ritter Blaubart, l'opéra Gorbatschow, l'opéra Gesualdo, Beuys, l'opéra Händel). C'est avec sa comédie musicale sur le roi Louis II, Sehnsucht nach dem Paradies (2000), qu'il s'est fait connaître du grand public. Il a également composé plusieurs grands concertos pour instruments. Franz Hummel est décédé le 20 août 2022 à Ratisbonne.