Phantasus (op. 93, 1990)
Cycle de lieder pour voix et guitare d'après des poèmes d'Arno Holz
pour mon fils Martin
I. Dans ma forêt de taxus noirs, II. De nuages blancs, III. Lac, lac, lac le plus ensoleillé, IV. Devant ma fenêtre, V. Roses rouges, VI. Dans ma forêt de pierres vertes
Voix, guitare
Durée: 24 minutes
Martin Hummel | Clemer Andreotti
Vogt & Fritz VF 1095-00 / ISMN : M 2026-1418-1
Arno Holz
Sechs Gedichte aus Phantasus
I.
In meinem schwarzen Taxuswald
singt ein Märchenvogel —
die ganze Nacht.
Blumen blinken.
Unter Sternen, die sich spiegeln,
treibt mein Boot.
Meine träumenden Hände
tauchen in schwimmende Wasserrosen.
Unten, lautlos, die Tiefe.
Fern die Ufer! Das Lied ...
Arno Holz
Six poèmes de Phantasus
I.
Dans ma forêt de taxus noirs
chante un oiseau de conte -
toute la nuit.
Les fleurs clignotent.
Sous les étoiles qui se reflètent,
mon bateau dérive.
Mes mains rêveuses
Plongent dans des roses d'eau flottantes.
En bas, sans bruit, la profondeur.
Loin les rives ! Le chant …
II.
Aus weissen Wolken
baut sich ein Schloss.
Spiegelnde Seen, selige Wiesen,
singende Brunnen aus tiefstem Smaragd!
In seinen schimmernden Hallen
wohnen die alten Götter.
Noch immer, abends, wenn die Sonne
purpurn sinkt, glühn seine Gärten,
von ihren Wundern bebt mein Herz
und lange ... steh ich. Sehnsüchtig!
Dann naht die Nacht, die Luft verlischt,
wie zitterndes Silber blinkt das Meer,
und über die ganze Welt hin
weht ein Duft wie von Rosen.
II.
Des nuages blancs
se construit un château.
Des lacs miroitants, des prairies bienheureuses,
des fontaines chantantes de la plus profonde émeraude !
Dans ses salles scintillantes
habitent les anciens dieux.
Le soir encore, quand le soleil se couche
pourpre descend, ses jardins brillent,
leurs merveilles font frémir mon cœur
et longtemps ... je reste debout. Avec nostalgie !
Puis la nuit approche, l'air s'éteint,
Comme un argent tremblant, la mer clignote,
et sur le monde entier
un parfum comme celui des roses.
III.
See, See, sonnigste See, soweit du siehst!
Über die rollenden Wasser hin,
jauchzend, tausend Tritonen.
Auf ihren Schultern, muschelempor,
hoch, ein Weib.
Ihre Nacktheit in die Sonne.
Unter ihr, triefend,
die blendenden Perlmutterwände
immer wieder von Neuem hoch,
dick, feist, verliebt, wie Kröten,
sieben alte, glamsrige Meertaper.
Die Gesichter! Das Gestöhn und das Gepruste!
Da, plötzlich, wütend aus der Tiefe, Neptun.
Sein Bart blitzt. "Hallunken!"
Und, plitschplatsch, sein Dreizack
den sieben Schlappschwänzen um die Glatzen.
Die brüllen! Dann, schnell,
hier noch ein paar Tatschen,
dort noch ein Bauch — weg sind sie.
Die Schöne lächelt.
Neptun verbeugt sich.
“Madam?”
III.
Mer, mer, mer la plus ensoleillée que tu puisses voir !
Au-delà des eaux qui roulent,
Des milliers de tritons.
Sur leurs épaules, dans une coquille,
haut, une femme.
Sa nudité dans le soleil.
Sous elle, dégoulinante,
les parois de nacre éblouissantes
toujours plus haut,
épais, fist, amoureux, comme des crapauds,
Sept vieux tapirs de mer, glamour.
Les visages ! Les gémissements et les éclats !
Là, soudain, furieux des profondeurs, Neptune.
Sa barbe étincelle. "Fraudeur !"
Et, plouf plouf, son trident
aux sept queues molles autour des calvities.
Ils hurlent ! Puis, vite !
ici, encore quelques coups,
là encore un ventre - ils sont partis.
La belle sourit.
Neptune s'incline.
"Madame ?"
IV.
Vor meinem Fenster singt ein Vogel.
Still hör ich zu; mein Herz vergeht.
Er singt, was ich als Kind besass
und dann — vergessen.
IV.
Devant ma fenêtre, un oiseau chante.
Je l'écoute en silence ; mon cœur s'évade.
Il chante ce que je possédais quand j'étais enfant
et puis - oublié.
V.
Rote Rosen winden sich um meine düstre Lanze.
Durch weisse Lilienwälder schnaubt mein Hengst.
Aus grünen Seen, Schilf im Haar,
tauchen schlanke, schleierlose Jungfraun.
Ich reite wie aus Erz. Immer, dicht vor mir,
fliegt der Vogel Phönix und singt.
V.
Des roses rouges s'enroulent autour de ma sombre lance.
Mon étalon souffle à travers les forêts de lys blancs.
Des lacs verts, des roseaux dans les cheveux,
émergent de minces vierges sans voile.
Je chevauche comme de l'airain. Toujours, tout près de moi,
l'oiseau Phénix vole et chante.
VI.
In meinem grünen Steinwald scheint der Mond.
In seinem Licht sitzt ein blasses Weib und singt.
Von einem Sonnensee, von blauen Blumen,
von einem Kind, das Mutter ruft.
Müde fällt die Hand ihr übers Knie,
in ihrer stummen Harfe glänzt der Mond.
VI.
Dans ma forêt de pierres vertes, la lune brille.
Dans sa lumière, une femme pâle est assise et chante.
D'un lac de soleil, de fleurs bleues,
d'un enfant qui appelle sa mère.
Fatiguée, sa main tombe sur son genou,
Dans sa harpe muette brille la lune.
Arno Holz (1863-1929), le fondateur et théoricien du naturalisme, faisait déjà allusion à l'expressionnisme dans sa phase tardive. C'est notamment le cas de son poème en vers "Phantasus" (près de 1600 pages), des lignes de différentes longueurs disposées autour de l'axe central vertical de la page.
Le cycle comprend six poèmes sélectionnés, dont le sens est interprété musicalement. La guitare joue souvent le rôle de commentateur, notamment dans la troisième chanson "See, See, sonnigste See", qui constitue le point culminant dramatique de l'œuvre. Les préludes à la guitare du premier et du dernier chant correspondent entre eux et forment ainsi un cadre quasi-fomal. Alors que le lyrisme prédomine dans les chants 1, 2 et 4, les chants 3 et 5 sont plus dramatiques. Dans le 6e lied, un point d'orgue de 36 mesures crée une ambiance lunaire et une fin en demi-teinte.
Ce cycle a été composé en 1990 à l'initiative de mon fils Martin, à qui il est dédié.
Bertold Hummel
Depuis la fin des années 80, on trouve également chez Bertold Hummel des cycles de chant qui s'écartent de l'accompagnement traditionnel au piano. L'accompagnement à la guitare, très populaire dans le domaine du lied allemand à la fin du 18e et au début du 19e siècle, peut être considéré comme une variante de celui-ci. Hummel l'utilise dans son cycle de lieder "Phantasus" sur des poèmes librement choisis dans le recueil du même nom d'Arno Holz. Bien que les possibilités de composition polyphonique se réduisent drastiquement à la guitare, Hummel s'en tient en principe à la structure de ses lieder pour piano. On retrouve toutefois très souvent des techniques typiques de la guitare, comme par exemple le rasgado (arpège permanent avec les ongles, généralement de haut en bas et inversement), par exemple au début du troisième lied ("See, See, sonnigste See"). Le néoromantisme artistique de Holzen, avec sa nostalgie rococo (son modernisme naturaliste est laissé de côté), est capté musicalement par Hummel avec un certain clin d'œil, par exemple lorsque, dans le premier lied, sur des fleurs nommées de manière relativement simple, on trouve ensuite, avec blinken, une variante circulaire du même motif musical. L'introduction instrumentale de ce chant "In meinem schwarzen Taxuswald" revient au début du dernier chant "In meinem grünen Steinwald", arrondissant ainsi le cycle. Le troisième lied, "See, See, sonnigste See", est une ballade que Hummel restitue avec un humour réaliste, ce qui conduit à des glissandi et des trilles dans la voix, et même à ce discours sur des hauteurs suggérées, qui fut d'abord utilisé par Engelbert Humperdinck dans la première version de ses "Königskinder" . Mais si les triples croches du passage wohnen die alten Götter dans le deuxième lied ("Aus weißen Wolken") apparaissent encore comme une ironie, leur réapparition dans le dernier lied donne l'impression que la lune et le lac ensoleillé, les fleurs bleues et la harpe sont pris suffisamment au sérieux pour que la conclusion (à nouveau ouverte) en accord de quarte ou de sextacorde en do majeur soit convaincante - d'autant plus que la note mi résonne déjà tout au long du lied (à l'exception du prélude instrumental mentionné).
Wolfgang Osthoff (in "Zu den Lieder Bertold Hummels", Tutzing 1998)